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Historique : La Gérance de Passy depuis 1898

À l'aube de l'Exposition Universelle de 1900, les organisateurs s'affairaient à ne rien omettre des préparatifs afin de donner à cet événement tout le prestige et le bénéfice que pourraient en retirer les gouvernants et l'industrie florissante.

Parmi eux figuraient des barons d'Empire, mais aussi barons d'industrie. Tel était notamment Edouard Delessert, héritier en droite ligne de la prestigieuse lignée des Delessert qui, au début du siècle précédent, s'établit à Passy. On se souviendra, en effet, que depuis près de deux siècles, la famille Delessert fut à l'avant scène de la vie communale, et joua aussi un rôle politique et économique de premier ordre sur le plan national.

Il est nécessaire de rappeler la détermination exemplaire de Benjamin Delessert qui, dès 1815, avait compris l'absolue nécessité de désenclaver l'accès du village de Passy lequel, jusqu'alors, n'était accessible depuis la Seine que par une côte escarpée qui s'appelait précisément la rue de la Montagne (aujourd'hui rue Beethoven) entre le Couvent des Bonshommes et la colline de Chaillot, et dont la pente, à certains endroits, s'élevait de 9 à 10 centimètres par mètre !
Benjamin Delessert voulut remédier à cet accès difficile par la création d'une nouvelle voie plus praticable pour conduire à Passy. Dans ce but, il fit étudier un projet qu'il soumit aux autorités compétentes et pour la réalisation duquel il dut, dans un premier temps, se rendre acquéreur d'une partie des terrains sur lesquels il fallait faire passer la nouvelle route.

Pour emporter l'avis favorable de la commune et du Conseil Général de la Seine qui fut d'abord opposé au projet pour des raisons financières, Benjamin Delessert accepta d'apporter une contribution financière personnelle de 50.000,00 Francs, permettant ainsi la réalisation de ces ambitieux travaux publics.

C'est ainsi que fut tracé le Boulevard Delessert, appelé par les anciens “la Route Nouvelle”.

Ce bref aperçu historique permet d'éclairer ce qui advint 70 ans plus tard pour l'Exposition Universelle.
En effet, la famille Delessert, qui depuis plusieurs générations avait procédé à des acquisitions foncières successives, tenant en bas des quais de Passy, depuis l'avenue de Versailles jusqu'après la rue Beethoven, et en haut jusqu'à la rue Raynouard ( ancienne rue Basse ), exploitait une raffinerie de sucre que l'Empereur Napoléon Bonaparte visita. Elle eut alors l'idée, avec ses pairs, de construire plusieurs ensembles immobiliers sur ces terrains, puis d'autres dont elle ferait également l'acquisition, pour assurer le logement des exposants et des nombreux visiteurs attendus à l'Exposition Universelle, d'avril à novembre 1900.
Elle eut l'idée originale de contribuer au prestige de l'Exposition en concevant des immeubles de grand confort dans ce quartier de Paris qui non seulement allait être desservi par une des premières lignes du Métropolitain, et par les chemins de fer et se trouverait aussi à proximité de la plupart des pavillons de l'Exposition Universelle. Celle-ci, rappelons le, s'étendait sur 112 hectares le long de la Seine, avec cet axe prestigieux constitué par la Tour Eiffel et le Palais de Chaillot.

Le 15 janvier 1898, Maître Portefin, notaire à Paris, recevait en son étude les statuts de la Société Immobilière du Trocadéro et de Passy. Elle avait pour objet :



L'achat de terrains, l'édification de constructions sur ces terrains et durant l'Exposition de mil neuf cent l'exploitation de ces terrains et constructions pour le logement des souscripteurs des Départements, des Colonies et de l'Etranger, qui se sont engagés envers la Société à faire des versements pour s'assurer à forfait, leur transport, leur logement, leur nourriture, leurs entrées à l'Exposition et autres avantages et même pour le logement et la nourriture de toutes autres personnes que les souscripteurs de la Société.

L'utilisation, après l'Exposition, des constructions élevées sur les immeubles de la Société, en maison de rapport, la mise en valeur et l'exploitation des immeubles de la Société de quelque manière que ce soit ; la location et la réalisation de ces immeubles. Et généralement toutes opérations foncières, immobilières, industrielles et financières pouvant se rattacher aux objets ci-dessus.



Voici les premiers administrateurs : Edouard Delessert, vice-président de la Compagnie des Chemins de Fer de l'Ouest - Albert Chabert, administrateur de la Société Générale de Crédit Industriel et Commercial - Marquis de Guadalmina, administrateur de la Banque Hypothécaire d'Espagne Orellama - François Méliodon, administrateur du Crédit Foncier de France - Jules Plassard, administrateur de la Société des Immeubles de France - Lucien Viard, secrétaire honoraire du Conseil d'Administration du Crédit Foncier de France.
Edouard Delessert fut nommé Président du Conseil d'Administration pour 6 ans.
Le Comte Georges Zogheb, plus gros actionnaire, demeurait 2, rue de Presbourg.


Le Siège Social s'établit d'abord au 5, rue des Capucines, mais fut rapidement transféré, dès la construction des premiers immeubles, au 21 boulevard Delessert où l'activité se maintint en dépit des changements de structures jusqu'en 1991.
C'est ainsi que fut édifiée en des temps records une partie des immeubles du Boulevard Delessert, de la rue de l'Alboni et du majestueux Square de l'Alboni. On peut constater sur des clichés photographiques de 1900 que la voie privée du Square vait déjà le tracé qu'on lui connaît aujourd'hui, même si tous les immeubles qui la bordent n'étaient pas encore construits.
Il est intéressant de constater à quel point ces immeubles occupaient une situation privilégiée et possédaient un confort dont il est difficile de trouver l'équivalent aujourd'hui encore.
Dans le livret de commercialisation de la Société Immobilière de Trocadéro et de Passy, la description des équipements des immeubles et de la composition de chaque catégorie d'appartement met en valeur le nombre et la surface confortable des pièces et dégagements.

Citons par exemple le descriptif de l'Ilot D, au 21-23 Boulevard Delessert indiquant que "les appartements comprennent : ascenseur, monte-charge, chauffage, distribution d'eau chaude, sonneries et lumière électriques installées dans toutes les pièces, w. c. de domestiques, etc... ". L'appartement n°1 comprenant " deux salons de 26 et 16 m², une salle à manger de 22 m², une chambre de 18 m² et deux autres de 14 et 16 m², deux salles de bains ; toilette ; cuisine ; office ; débarras ; penderie ; grande galerie".

Quelques années après l'Exposition Universelle, l'exploitation des immeubles s'avéra malheureusement déficitaire et la Société Immobilière de Trocadéro et de Passy fut dissoute après vente aux enchères de son prestigieux patrimoine. Toutefois, ces circonstances permirent à l'activité d'administration de biens de se maintenir et même de se développer avec l'essor de la copropriété. Ainsi, l'ancienne structure, devenue la Société de Gérance de Passy, héritière du souci de maintenir le prestige et la qualité des biens et des personnes, poursuivit dans les mêmes locaux son activité de gérance immobilière et développa celle de syndic de copropriété, non seulement pour le compte de son patrimoine initial, mais aussi sur un portefeuille progressivement de plus en plus étendu. C'est au 64, rue du Ranelagh qu'elle accomplit aujourd'hui les mêmes missions avec les mêmes objectifs, pour servir au mieux sa clientèle.